Saint Joseph Calasanz, apôtre de la miséricorde divine

L’Eglise de Dieu, notre mère est embellit depuis la création du monde par les saints et saintes qui ont lavé leurs robes dans le sang de l’agneau (Cf. Ap 7, 14). Chacun de ces héros de la charité a vécu une ou plusieurs vertus à un degré héroïque et c’est pourquoi l’Eglise après l’acclamation populaire ou par le discernement sous la conduite du même Esprit qui a fait d’eux des saints nous le propose en modèle de foi. En cette année jubilaire dédiée à la miséricorde divine, qui coïncide par la grâce du Très Haut avec l’année jubilaire calasanctienne qui marque 400ans de l’l’existence de l’Ordre des Ecoles Pies dans l’Eglise (1617-2017) qui ira du 27 novembre 2016 au 25 novembre 2017, nous voulons nous pencher sur un de ces multiples héros de l’Evangile. Il est connu de certains mais inconnu de beaucoup. Nous voulons nommer St Joseph Calasanz de la mère de Dieu. Nous voulons après avoir dit brièvement ce qu’est la miséricorde, examiner comment Calasanz a été objet de la miséricorde, comment Calasanz au début de sa vie de fondateur a vécu la miséricorde, comment il l’a vécu au moment où l’œuvre avait déjà pris racine et comment il l’a vécu au moment de la crise, c'est-à-dire avant sa fin terrestre.

Qu’est-ce que la miséricorde ?

            Comme annoncé plus haut, nous voulons examiner comment St Joseph Calasanz a vécu la miséricorde. Avant cela, nous voulons examiner brièvement ce qu’est la miséricorde. Etymologiquement, le mot miséricorde (misericordia) signifie « pauvre de cœur » ou plus exactement « avoir son cœur (cor) auprès des pauvres (miseri) »[1]. Ainsi, être miséricordieux c’est avoir un cœur sensible à la misère de l’autre. Cette misère n’est pas seulement matérielle. Elle est surtout morale et spirituelle. C’est bien cela le visage de Dieu que Jésus nous a présenté tout au long de sa vie par son enseignement et surtout par l’exemple de sa vie.  

Calasanz, objet de la miséricorde

Saint Joseph Calasanz a eu beaucoup de moments dans sa vie où on peut lire l’amour miséricordieux de Dieu. Nous évoquerons seulement deux de ces moments clés de sa vie. Il s’agit de la maladie grave après la mort de son frère et sa mère et la visite au monastère de Montserrat avec son évêque. A la mort de Pierre Calasanz, le frère ainé du saint et l’héritier de la famille Calasanz, son père l’obligeait à abandonner son chemin vers le sacerdoce pour perpétuer le nom familial. Face à cette pression, le saint est tombé gravement malade et a retrouvé sa santé miraculeusement. C’était après avoir fait vœu à la vierge Marie de devenir prêtre s’il retrouvait sa santé avec l’accord de son père.

En ce qui concerne la visite apostolique au monastère de Montserrat, l’évêque Gaspard Jean de la Figuera dont il est secrétaire est mort. « Il est décédée le 13 février 1586. »[2] Il y était pour la reforme dudit monastère. Après cette mort subite, Calasanz est rentré chez lui. Ces deux évènements présentent Calasanz comme objet de la miséricorde divine.

Calasanz, apôtre de la miséricorde   

            Tous les historiens des Ecoles Pies et surtout ceux de ses débuts nous renseignent de la situation socio-économique romaine à l’époque où Calasanz y est arrivé comme étant très précaire. Cette précarité est manifestée par les pauvres qu’on trouve partout à côté des quelques riches. Comme son maître le Christ, Calasanz fut bouleversé au plus fond de lui quand il est entré en contact avec ces enfants qui n’avaient pas des moyens de se former dans la science divine qui leur aurait procurer la sainte crainte de Dieu et la science humaine qui leur aurait permet d’être utiles à eux-mêmes et à la société en vivant eux même une vie digne de leur humanité. Meurtri par la misère matérielle, morale et spirituelle que vivaient ces enfants pauvres, il a commencé à chercher une solution durable auprès des enseignants des écoles du quartiers, du Sénat afin qu’il augmente les salaires des maîtres, des Jésuites et des Dominicains de Minerve. Par rapport à la misère que vivait ces pauvres Severino Giner dit : « ce n’était pas seulement une misère matérielle, une pauvreté qui lacerait les corps, mais aussi une misère morale, une ignorance du minimum indispensable des connaissances religieuses. »[3] De toutes ses démarches, il n’a eu que de réponses négatives et il a compris que le Seigneur voulait qu’il s’engage à trouver la solution lui-même. Autrement dit, il lui demandait de leur donner lui-même le pain de la foi et de la science (Cf. Mt 14, 17).  Nous pouvons donc dire que l’Ecole Pie est le fruit de l’amour miséricordieux de son héros et initiateur Saint Joseph Calasanz sous l’emprise du Saint Esprit.

La miséricorde dans l’œuvre de Calasanz

En ce qui concerne l’exercice de son ministère éducatif des enfants et des jeunes et surtout les pauvres, Calasanz est resté fidèle à ce qui avait provoqué en lui un bouleversement total et la conversion- la miséricorde. Miséricordieux comme son maître, Calasanz a fondé l’Ecole Pie et cet esprit de miséricorde l’a conduit dans l’exercice de son ministère. C’est parce qu’il voulait les ministres des mystères de Dieu et surtout de sa miséricorde que l’Ordre qu’il a fondé était clérical. Il voulait les prêtres qui pouvait servir des canaux de la miséricorde divine à travers l’éducation des pauvres dans la Piété et les Lettres et dans les célébrations des sacrements et surtout de celui de la réconciliation. C’est pourquoi dans une de ses lettres il disait : « je suis content que tu as ouvert un noviciat et a commencé à donner l’habit à certains ayant les aptitudes d’aider l’Institut. Si parmi les profés vous trouvez quelqu’un, un clerc ou un prêtre qui a une bonne disposition pour la calligraphie ou abacus, votre révérence pouvez lui faire apprendre cela parce que je veux que cet exercice soit fait par les prêtres puisque cette classe de calligraphie est très importante. »[4] Pour démontrer que son œuvre était une œuvre de miséricorde, Calasanz a mis une très grande importance à la réception des sacrements par des enfants et surtout celui de la pénitence. Il a même utilisé le sacrement de la pénitence comme méthode disciplinaire. Au sujet des sacrements de façon général il recommandait : « … que les élèves se dédient à la fréquentation des sacrements s’ils veulent vivre et mourir dans la paix. » (EP3749) ; « je veux que vous preniez bien soin des écoles pour leur bonne marche et que les élèves un peu plus grands fréquentent les saints sacrements. (EP561) »[5] A propos de la confession, le saint disait : « le père Charles va aider dans l’écoute des confessions puisque c’est le moyen le plus utile pour le service de Dieu parmi les jeunes gens.  (EP 1441) »[6] ; Je recommande que vous écoutiez les confessions de nos élèves et vous découvrirez qu’ils ont besoin de ce remède … (EP 1387) »[7]

Calasanz et la miséricorde au soir de sa vie

Au sujet de la vécue de la miséricorde au soir de sa vie, Calasanz s’est montré presque parfait dans l’exercice de cette vertu. Il a perdu tout ce qu’il a construit tout au long de sa vie à cause de la méchanceté des hommes et surtout de ses intimes mais il n’a gardé aucune rancune. Au contraire, il a fait miséricorde, il a continué à demander à ses religieux qui ne voulait pas se soumettre aux nouveaux supérieurs qu’ils considéraient comme illégitimes de leur obéir sans récrimination. Dans une de ses lettres, le saint disait : « quant au père Dominique-Antoine, même si on perd ici l’école de musique des enfants pauvres qui, avec un peu de musique qu’ils apprennent, auraient pu gagner leur pain, je vous l’envoie quand même. »[8] De cette citation, nous voyons l’obéissance et l’humilité du vénérable père, fruit de sa foi et son pardon. En plus, le fait que pendant la maladie du père Mario Sozzi, il a demandé plusieurs fois à le voir afin de lui accorder personnellement son pardon même sans succès est une preuve éloquente de sa bonté et de sa sainteté. Selon Giner, « deux fois Calasanz a voulu visiter le malade, mais on l’en a empêché. Plus soucieux de son âme que de son corps, il a demandé au P. Casani de l’assister. Il l’a fait, (…) Il a été dit que le moribond a demandé au P. Casani de porter ce message au Fondateur : Dites au P. Général de m’excuser si je l’ai offensé. »[9]   Il est aussi resté fils exemplaire et obéissant de l’Eglise entre les mains de qui il a beaucoup souffert par le biais du saint office. Malgré sa souffrance, il est resté obéissant aux ordres du Saint Office. C’est pourquoi, en obéissant au dit Office, le saint avec ses conseillers ont émis ce qui suit : « Etant donné que le Rme. Commissaire du Saint Office nous a intimé le décret ci-joint, fait par la Sacrée Congrégation, nous, en exécution et prompte obéissance à celle-ci, par la présente vous ordonnons en vertu de sainte obéissance de reconnaitre le P. Mario de Saint François comme vrai Provincial de cette province de Toscane et d’obéir à ses ordres sans réplique quelconque, nonobstant tout prétexte en contre… »[10]  En plus, en disant, « Le Seigneur nous l’a donnée, le Seigneur nous l’a repris. Comme il plut au Seigneur, ainsi soit-il. Beni soit le nom du Seigneur »[11] après la suppression totale de son Ordre, il a professé sa foi et son espérance dans le Seigneur.

Quelles leçons retenir de la vie de Saint Joseph Calasanz pour toute l’Eglise et pour ses fils et filles piaristes en particuliers ?

De tout ce que nous avons dit plus haut par rapport à ce qu’est la miséricorde, par rapport à la façon dont Calasanz s’est efforcé de vivre la miséricorde à la fondation de son Ordre, dans l’exercice du charisme confié à l’Eglise par sa médiation et surtout à la fin de sa vie devant l’annihilation totale de l’œuvre de sa vie, nous pouvons comme chrétiens en général et ses fils et filles piaristes en particuliers apprendre beaucoup de chose. La leçon la plus importante, c’est être les apôtres et témoins de la miséricorde à l’exemple de ce héros de l’Evangile. Nous devons toujours rester conscient que nous sommes le fruit de la miséricorde et ainsi exercer notre ministère dans l’Eglise avec miséricorde en tout temps et surtout en cette année jubilaire calasanctienne. Que Marie, Notre Dame des Ecoles Pies et notre saint fondateur intercèdent pour nous afin que nous soyons les dignes fils et filles de Saint Joseph Calasanz, apôtre de la miséricorde.

                                                                                                                            Par NJODZELA Louis du Cœur Immaculé de Marie

[1] Florent Urfels, “La miséricorde, un lieu commun” in Communio, No 243, Janvier-Février 2016, p. 53 (p.49 – 58)

[2] Severino Giner Guerri, Saint Joseph de Calasanz, Biblioteca de Autores Cristianos, Madrid, traduit par Mateu Trenchs I Verdaguer en 2003, 1993, p. 77

[3] Severino Giner Guerri, Saint Joseph de Calasanz, p. 121

[4] Miguel Angel Asiain, Calasanz, educator, Adonaï Printing House, Philippines, 2011, p. 63 (Traduction de l’anglais par nous)

[5] Ibid, p. 210

[6] Ibid, p. 212

[7] Ibid, p. 213

[8] Severino Giner Guerri, op.cit, p. 284

[9] Ibid, p. 308

[10] Ibid, p. 296

[11] Dionisio Cueva, Saint Joseph de Calasanz, Mediaspaul, Paris, 1997, traduit par Virginie Enama, p.  103.